Les prêteurs à la petite semaine

On m’allait chasser de ma maison

Quand du ciel tomba un oisillon

De fort laid plumage

Que faisiez-vous dit-il au temps chaud

Pourquoi avez-vous sauté l’enclos

Et fui le pacage

Maintenant que la bise est venue

Comme un ver vous vous retrouvez nu

C’est vraiment dommage

Je suis nu il est vrai mais chez moi

Oiselet c’est moi qui fais la loi

Cesse ton ramage

Je ne souffrirai point ta pitié

Et non plus ta libéralité

Tourne donc la page

Mais le moineau était beau parleur

Il me prédit quinze ans de malheur

Un toit de nuages

Et pensez dit-il à votre dame

À vos enfants évitez un drame

Craignez les orages

Que ferez-vous durant les vacances

Sans une embarcation de plaisance

Adieu les voyages

Je vis seul dans moitié ni marmots

Et chez mon négrier les repos

Ne sont pas d’usage

Cela importe peu reprit-il

Il vous attend quand même un péril

Tout vous le présage

Le rat sut si bien manier la prose

Qu’en peu de temps je devins tout chose

J’étais tout en nage

Ne vous faites donc pas de soucis

Je suis là pour vous sauver la vie

Ayez du courage

Je suis naturellement prêteuse

De surcroît mon âme est généreuse

Tel est mon partage

Acceptez donc que je vous délivre

Croyez qu’il vous sera bon de vivre

Sous mon patronage

Je vous prêterai du pain du beurre

Empruntez donc la voie du bonheur

Goûtez mon fromage

Je goûtai mais digérai fort mal

Et l’intérêt et le principal

Mon dieu quel pillage

Je goûtai et c’est moi qu’on croqua

Car sa route du bonheur ah ça

Était à péage

Tous ces oiseaux-là je vous le jure

On devrait les jeter aux ordures

Ou du moins en cage

Dans les bras de l’État

Je ne suis pas le fruit d’un grand amour

Mon père était une plume vénale

Et si un jour il me donna le jour

Merci aux allocations familiales

À mon baptême ouf je l’échappai belle

Un vieux tacot un gros char de l’État

Sur mon berceau filant vers la chapelle

Vroum il fonça et de peu me rata

Un jour papa découvrit qu’on loupiot

S’il ne vaut pas un beau prêt usuraire

Peut apporter des exemptions d’impôts

Voilà pourquoi aujourd’hui j’ai des frères

Avant même que j’aie l’âge de raison

L’État crut bon d’ m’envoyer à l’école

Ce n’était pas ma première punition

Et j’eus tôt fait d’avoir ma premièr’ colle

Un jour enfin j’eus une admiratrice

On convola devant un officier

Du ministèr’ qu’on dit de la Justice

Comm’ si c’était un crim’ de se marier

Je suis presque du pays de Descartes

Aussi quand j’en eus marr’ d’avoir deux torses

J’ trouvai logiqu’ que l’État brouille les cartes

Que ce soit lui qui béniss’ le divorce

Mon autre femme est morte à l’hôpital

Juste à l’entrée au pied d’une formule

Ah les bonnes règles gouvernementales

Qui les deux poings très souvent vous stimulent

Aussi j’eus donc envie pour être bon

Contre l’État de faire un attentat

Évidemment je serais en prison

Et plus qu’ jamais dans les bras de l’État

Pour compenser la pert’ de mon conjoint

Je m’achetai un bateau hors de prix

Je m’aperçus que je ne pouvais point

Conduir’ ma barque dans un petit permis

L’État m’aura suivi toute ma vie

Sincèrement je pen’ qu’il s’rait normal

Et pour ma part je n’en s’rais pas surpris

Qu’il me fass’ des funéraill’s nationales

REFRAIN

La belle vie dans les bras de l’État

Le bel état que l’état civil

Qui vous donne en vie d’être incivil

Puis qui vous met dans tous vos états

Et pourtant mon amour je t’aime éperdument

J’ai chanté les bordels j’ai chanté les putains

Pourtant je ne suis pas l’un de ces libertins

J’ai noirci les guerriers et les siècles de fer

Et leur armée de maux dont jamais n’ai souffert

Et voilà que je t’aime et que je sais tes rites

Mais me voilà muet mais me voilà muet

Il est moins difficile (et le terme m’irrite)

De décrire le cul que l’amour pur et vrai

Et pourtant mon amour je t’aime éperdument

Tu fais mon âme grande et grande ma tendresse

Tu es mon vrai baptême et mon vrai pain bénit

Tu es ma fête pieuse et ma foi et ma vie

Je voudrais célébrer sur l’autel du poète

Tes yeux et leur couleur ta main et sa douceur

Je voudrais te chanter mieux que l’on chante Dieu

Me damner Le blessant me damnant de t’aimer

Et je cherche ma rime et je cherche mon mot

Le cœur n’obéit pas à la loi des traités

On ne consulte pas le bon recueil de rimes

Quand l’on tient dans ses bras sa femme de sa vie

Je t’aime mon amour je t’aime éperdument

Tu fais mon âme grande et grande ma tendresse

Et j’institue l’amour l’ultime sacrement

Et je fonde l’office où nous crions je t’aime

Voilà comment je peux te dire mon amour

C’est bien peu et j’en pleurs et je m’en assassine

Je n’ai pas su trouver ni les mots ni les rimes

Et pourtant mon amour je t’aime éperdument

Et pourtant mon amour je t’aime éperdument

Le tabacomane perplexe

Tantôt je suis tabacophobe

Tantôt je suis tabacophile

Je ne sais pas sous quelle robe

Je ne sais pas laquelle il vaut mieux que j’enfile

Pots à tabac fume-torchettes

Queues-de-rat pipes de Sorbonne

Les beaux moulins que l’on me donne

Ne me font pas de bons gâteaux mais des tigettes

Manoque et chique et allumettes

Levant vizir et maryland

L’papier mêm’ dont on m’fait présent

N’est pas très hygiénique il est à cigarettes

Knock m’a dit entre deux bons mots

Avec ces cadeaux criminels

T’iras faire une cure au ciel

Tôt ou tard non mais as-tu vu tes chicots

Mes amis tous horticulteurs

Ont accusé mes expuitions

De jus d’gris qui tue les puc’rons

Ah c’est pour ça que vous m’fait’es cracher sur vos fleurs

Le moyen de ne plus fumer

Dites-moi aurai-j’ ce culot

Que vaut-il mieux laisser tomber

Mes amis ma santé leurs plantes ou mon perlot

Tantôt je suis tabacophobe

Tantôt je suis tabacophile

Je ne sais pas sous quelle robe

Je ne sais pas laquelle il vaut mieux que j’enfile

Oyez corne un vieux fisicien

Le pétun c’est bon pour l’engin

C’est très-plaisant pour les balèvres

Et quant et quant cela vous renforce la plèvre

Les vérités font les cent pas

À l’envi on s’soûla d’tabac

Ces dam’s prisèrent de plus belle

Et la rein’ vola la bouffard’ d’une sentinelle

Mais le gris mais l’herbe à la reine

Ne nous rafraîchit guère l’haleine

Ce n’est pas de l’herbe d’amour

C’est de l’herbe à éternuer foi de troubadour

Que faire pour les tabacomanes

S’ils s’élèvent contre cette manne

S’ils s’écrient le nicot m’enfume

L’écho bêt’ comme un cendrier leur répond fume

Architriclin j’ai averti

J’ai dit qu’au banquet de la vie

Le perlot n’doit pas fair’ défaut

Du bon vert il nous fait sinon tayaut tayaut

On s’est mis à table à la flan

L’pétun dans la fourchett’ d’Adam

On s’envolait pour Canaan

Mais on s’est mis l’feu aux coud’s l’tabac quel palan

À minuit trois tout l’monde avait

Les doigts et le portrait beurr’ frais

Viv’ le beurr’ dans les épinards

Je cess’ de fumer a dit un capitulard

Bavard bâtard pochard pendard

V-t’en baretter si tu veux

Deviens richard damné morveux

Mieux vaut souffrir du tabac qu’d’un excès d’dollars

J’ai allumé une cigarette

Lison m’a tendu ses deux seins

Câlin j’ai éteint mes herbettes

Après la noc’ après la fête adieu le saint

Quelle pitié c’est incroyable

Les Mimis ne sont plus aimables

Ni les rein’s ni les viragos

Ni les Lorett’s car tout’s elles odor’nt le mégot

Tantôt je suis tabacophobe

Tantôt je suis tabacophile

Je ne sais pas sous quelle robe

Je ne sais pas laquelle il vaut mieux que j’enfile

La fumée occupe mon toit

Je m’en vais donc chez Jupiter

Dans son templ’ hypèthre je chois

Il m’accueille et me trait’ me donne un grand bol d’air

Il me dit d’aller à Tabah

À Tabago à Saint-Sauveur

N’importe où au Thar à Taba-

tinga le terminus des bateaux à vapeur

Là un prêtre du Moyen Âge

Me jur’ qu’le sacrement d’mariage

Est un remède universel

Accolez donc vos armes à celles d’un’ jouvencelle

Dame’ je n’ai aimé que des filles

De buralist’s des cigarières

Et qu’ des tosettes cigarettières

Au diable l’hymen les fill’s sont tout’s tabacophiles

Tantôt je suis tabacophobe

Tantôt je suis tabacophile

Je ne sais pas sous quelle robe

Je ne sais pas laquelle il vaut mieux que j’enfile

L’État est-ce nous c’est à voir

Car l’État n’aime pas le tabac

Que fait-il dans nos estomacs

Dans nos chambr’s à coucher et dans tous nos fumoirs

Pauvre Turquie d’Amurat quatre

Pauvr’ Rom’ d’Urbain deux fois quatre

Qu’étiez-vous donc tas de profanes

Pour ainsi vous laisser fair’ couper l’nicotiane

Heureusement l’État est fou

Ses coups n’sont pas des coups d’tabac

Un million contre l’pétun chou

Mais cinq pour le moissonneur de perlot hourra

Ô très-Puissant quand j’meurs de faim

T’agis en bon Samaritain

Quand j’manqu’rai d’tabac sois bon père

Remplis ma blagu’ l’herbe saint’ c’est l’après-dessert

Loin très loin des fleurs qui embaument

Je me traîne sur les pavés

La cigarette aux lèvres adnée

J’avanc’ comme un pauvre paquebot en bapaume

D’un paquebot désemparé

Je fixe la noire cheminée

Après qu’elle eut sombré enfin

J’toisai ma cigarett’ d’on oeil américain

Je suis verdâtr’ comme un tabac

D’Espagne j’entends des tabalas

Prév’nez mes amis mes affins

Prév’nez mes parents je la sens venir ma fin

Je vais périr de mort tabacale

Sans blag’ je vais casser ma pipe

Ma mort n’est pas très originale

Mieux j’aim’ ne pas lir’ c’qu’on inscrira sur mon cippe

Chok chok fumons comme en enfer

Mais de Compain l’anti-cancer

Est l’allié d’Atropos la fée

Méchant’ qui garde ses ciseaux trop bien aiguisés

L’herbe dite à l’ambassadeur

L’herbe dite du grand prieur

Ce n’est pas de l’herbe d’amour

C’est de l’herbe à cancer c’est la menac’ du jour

Tantôt je suis tabacophobe

Tantôt je suis tabacophile

Je ne sais pas sous quelle robe

Je ne sais pas laquelle il vaut mieux que j’enfile

Le Québec s’établit !

À Farnham, à Saint-Canut,

Partout le bouscueil culbute!

Chez Alexis, chez Andrée-Anne,

Partout on désencabane !

Le Québec s’établit !

À Rimouski, à Sorel,

On a vu les hirondelles;

On n’attendra plus sous l’orme :

Partout les chenaux se forment !

Le Québec s’établit !

Le pays passe l’hiver :

Il a défait les ponts hier;

L’érable promet la tire,

L’ours noir au grand air s’étire.

Le Québec s’établit !

Partout renaît la verdure,

Enfin la truite est mature;

Le castor refait ses dents,

Le pays change de temps.

Le Québec s’établit !

On casse les tirelires :

Les enfants vont se bâtir.

Ils feront des abattis

Pour qu’on voit bien leur logis.

Le Québec s’établit !

Le pays est habitable

Quand on entaille l’érable.

Qu’on astique bien les bers :

On aura des enfants fiers.

Le Québec s’établit !

Chez Alexis, chez Andrée-Anne,

Partout on désencabane.

À cinq heures du matin

Le veuvage prendra fin.

Le Québec s’établit !

Mettez vos plus beaux habits,

Ceux que nos femmes ont ourdis.

L’autel est sur l’abatture,

Le vent attend la mâture.

Le Québec s’établit !

Après la noce et la danse

Nous irons comme en vacances.

Dans le fleuve le navire

Enfin s’apprête à partir.

Le Québec s’établit !

Le voyage sera long,

Le voyage sera bon.

Plus loin que nos trente arpents,

Nous ouvrirons nouveaux rangs.

Le Québec s’établit !

La laine de nos moutons

C’est nous seuls qui la tondrons !

Et bientôt l’on pourra dire

Qu’on a de bons souvenirs.

L’Québec s’est établi !

La chanson de l’incompris

J’habite tout près de Chablis

Dans un fort à mâchicoulis

Mon père fait dans le torchis

Ma mère excelle dans les coulis

N’ayant pas un maravédis

Je vais rarement au boui-boui

J’aime par-dessus tout les guillochis

Et des vagues le friselis

Vous ne m’en voudrez pas pardi

Si je rentre dans mon cauris

Car je sens bien qu’ici aussi

Je suis un parfait incompris

La coupe du monde de l’amour

Au classement de la coupe du monde

De l’amour mon amour

Vous prenez pour vous seul et toujours

Le premier rang mon amour

Je vous amoure et j’amoure votre ouvrage

Amoureux mon amour

Que jamais sur le métier mon amour

À remettre vous n’avez

Au grand jamais mon amour vous ne sentez

Mon amour le besoin

De faire de grands écarts de tendresse

De paroles d’amour

Encor moins mon amour n’exercez-vous

Vos étreintes mon amour

Ni votre corps mon amour ni ta main

Ni ta main mon amour

Vous me faites l’amour mon amour

Le plus beau mouvement

Vous me faites l’amour mon amour

À votre image mon amour

Et j’aime tout de votre image j’aime

Son visage mon amour

Depuis toujours j’aime votre image j’aime

Tous vos âges mon amour

Et je prie autant que mon coeur bat qui

Bat du tien mon amour

Et le tien est le mien puisque le mien

Mon amour t’appartient

Tu me fais l’amour à ta belle image

Notre amour mon amour

Et Madame Curie n’aurait eu qu’un

Prix Nobel mon amour

Si de Monsieur Curie elle n’avait eu

Tout l’amour tout l’amour mon amour tout l’amour